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Ecrits et discours   Léon Blum  
STENDHAL ET LE BEYLISME (1914)
Ce texte est publié dans "La Revue de Paris" de février à mai puis édité en juillet. Le livre sera réédité en 1930 et en 1947 L’œuvre de Stendhal, selon Blum, formée à la fin de l’adolescence, au moment où l’envahissent les impressions dont il a composé ses livres, est avant tout un éloge de la sensibilité, des émotions juvéniles et du bonheur. Léon Blum veut lutter contre la récupération de Stendhal par la droite nationaliste ; il présente un doux et sensible Stendhal. 1913, c’est l’année de l ‘enquête d’Agathon (Henri Massis et Alfred Tarde) sur la jeunesse française. Les jeunes Français sont, selon eux, nationalistes, assoiffés d’action, d’ordre, de foi religieuse, ils n’aspirent qu’à la revanche contre l’Allemagne. L’accent est mis sur le rôle de Stendhal comme “ professeur d’énergie ” (expression de Barrès). Ce n’est une autobiographie de Blum, peut être, une sorte de confession, plutôt, après le livre sur le mariage et droit des femmes à construire leur bonheur ,un manifeste pour le droit des jeunes gens à choisir d’aimer.

" Pour présager l’avenir, il faudra pouvoir prédire du même coup dans quel sens évoluera la société française. Le Rouge et le Noir et La Chartreuse de Parme demeureront deux chefs d’œuvre de notre littérature romanesque. Nul doute sur ce point et l’on peut tenir le classement pour définitif. Mais il y a, dans une littérature, deux sortes de grands hommes et deux sortes de chefs d’œuvre : les grands hommes agissants et les grands hommes nominaux et inertes ; les chefs d’ oeuvre qui s’incorporent à notre vie, ceux qui restent distants de nous, et qu’on a lus, une bonne fois, pour se débarrasser d’un devoir. Suivant les temps, les livres de Stendhal seront plus ou moins présents et actifs. Stendhal est l’homme des moments confus, des mélanges sociaux, des périodes désordonnées. Chaque fois que dans la formation individuelle des caractères, les sensibilités pourront s’aiguiser sans objet et sans discipline, les classes sociales se trouveront brouillées à leur surface et séparées dans leurs fondements, de larges de larges catégories de jeunes gens occuperont vis à vis du monde le même poste équivoque, risqueront les mêmes stations douloureuses. Avec le retour des évènements stendhaliens, anxiété personnelle, contrariété des influences, alternatives de l’appel et de l’accueil, on verra se raviver la foi stendhalienne. Dans les intervalles, Stendhal, sans doute ne sera pas oublié, il ne peut plus l’être ; mais il ne sera qu’admiré comme les autres ; Il comptera tout au plus quelques fidèles isolés, ceux qu’aura rapprochés de lui telle coïncidence particulière, peut être ceux qui auront conservé , au fond d’eux mêmes , un peu d’attendrissement rêveur et de candeur d’âme. Ce sort est le plus beau, et il ne faut pas lui en souhaiter d’autre. C’est un rare mérite pour un artiste que la pleine pénétration de son œuvre dépende de certains états sociaux, puisqu’il il en a livré la traduction la plus fidèle et la plus forte ;c’est une douce récompense quand la pleine sympathie dépend de certains états du cœur, et reste liée à la fraîcheur ou à la permanence profonde de la jeunesse."
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